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Guérin : Jeune fille au voile blanc

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LE NEOCLASSICISME MYSTERIEUX DE PIERRE NARCISSE GUERIN (1774-1833), DE GREUZE A DAVID

Expertissim nous donne l'occasion de nous plonger dans l'univers de la Révolution française et du style qui a marqué cette période de transition entre le XVIIIe et le XIXe siècle grâce à un portrait de Pierre Narcisse Guérin. Un brillant élève de l'Académie royale de peinture et de sculpture, suiveur des plus grands peintres néoclassiques Les talents de l'artiste se révèlent tôt, lui permettant d'être admis à l'Académie royale de peinture et de sculpture à l'âge de onze ans. Alors, il sera l'élève des artistes les plus cotés de son époque, tels que Taraval, Nicolas Guy Brenet puis Jean-Baptiste Regnault. En 1797, Pierre Narcisse Guérin gagne le Prix de Rome mais il remporte son premier vrai succès lors du Salon de 1799 grâce à la toile Le retour de Marcus Sextus. Il part alors quelques années en Italie pour perfectionner son art et s'inspirer de ses prédécesseurs les plus renommés mais ce voyage est surtout l'occasion d'étudier l'art antique grâce aux ruines restantes. En 1738, on redécouvre Herculanum et c'est seulement dix ans plus tard que Pompéi émerge : les deux villes du Sud de la Botte ne peuvent qu'inspirer les artistes qui tendent vers un idéal de mesure et de sobriété. L'ouvrage de Johann Joachim Winckelmann L'histoire de l'art antique, paru en 1764, sert de livre de chevets aux artistes émerveillés par la perfection classique. La Néoclassicisme marque un retour véritable du « beau idéal ». Ce courant artistique est en effet fortement inspiré par l'art des Anciens et prône une véritable renaissance des canons, de l'architecture et des motifs décoratifs grecs. C'est la période du « grand goût », comme l'appellait Winckelmann. Le jury du Salon aimait à juste titre les compositions élégantes que Guérin peignait avec soin, modération et retenue. Point de clair-obscur baroque ni de foisonnement Rococo, Guérin se contente de tonalités ocres et sombres qui mettent en valeur son art du dessin. Il fut bercé par les maîtres du néoclassicisme Académique et il admirait tout particulièrement ses aînés Nicolas Poussin et Jacques-Louis David dont le Serment des Horaces (peint en 1784)  constitue le manifeste. Il se revendique même avec fierté "élève de David", comme il est noté sur le cadre du portrait proposé par Expertissim. L'ensemble de l'oeuvre de Guérin tend vers la mise en scène vertueuses à l'antique où les personnages sont héroïques et nobles. Tout comme ses prédcesseurs illustres, Guérin tirait principalement son inspiration de la mythologie grecque et des tragédies de Jean Racine. Comme dans l'oeuvre de David, le théâtre occupe une grande place dans l'oeuvre de Guérin.  Or, il subit également l'influence du professeur avec lequel il avait le plus d'affinités, Jean-Baptiste Regnault, qui était lui-même admiratif de Watteau. Ces deux peintres-là étaient plus détachés de la tendance académique et ont permis à Guérin de tirer son inspiration d'une troisième source, plus poétique. Grâce à la combinaison de toutes ces influences,

href="/object/view/idObject/1270410">Guérin se forgea un style propre, à cheval entre un néoclassicisme très théâtral et un lyrisme chaleureux presque lyrique. Il connut un succès incontestable de son vivant mais ne put jamais se faire une place parmi les plus grands maîtres à cause de sérieux problèmes de santé qui l'empêchèrent de peindre autant qu'il le voulait. Il consacra donc ses dernières années à la direction de la Villa Médicis, ce qui n'est pas moins prestigieux. Cette figure artistique particulière témoigne du succès  du style Académique et de ses accents classiques, à la fin du XVIIIe. L'art du portrait au XVIIIe Expertissim présente un portrait de jeune femme à la couronne de cyprès, peinte par Guérin en plan rapproché : son visage à la carnation claire est mis en valeur par sa capuche presque noire et le fond monochrome ocre brun. La couronne nous rappelle les couronnes de lauriers antiques uniquement décernées aux héros grecs et romains en guise de remerciement ou de décoration : malgré son anonymat, la jeune femme peinte ici est en quelque sorte héroïsée. L'artiste a tenu à caractériser le visage de cette jeune femme : la bouche entrouverte et les yeux tournés vers le ciel comme en signe d'imploration, pourraient faire penser à un personnage de théâtre suppliant, tout droit sorti d'une tragédie de Racine. L'artiste ne manque pas à sa formation académique et prouve ses qualités de dessinateur : le modelé est très recherché, la jeune femme est en volume et en rondeur gracieuse, sa carnation claire et douce est idéale. Seule son expressivité particulière donne à ce personnage une certaine tension dramatique, caractéristique du style néoclassique auquel Guérin adhérait. Cependant, le portrait peint connaît un essor certain à l'aube du XIXe : symbole de pouvoir un tantinet narcissique, ce genre se développe surtout dans les hautes couches de la société avant d'être remplacé quelques dizaines d'années plus tard par le portrait photographique. On peut donc imaginer, même si cela reste hypothétique, que la jeune femme présentée par Expertissim n'est pas une figure théâtrale idéale mais une personne de l'entourage de Guérin, dont l'expression suppliante qui l'a inspiré restera à jamais un mystère emporté dans la tombe de l'artiste... Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)

Valuation

Guérin : Jeune fille au voile blanc

Reference: 21007

Period: XIXème siècle

Dimensions: Hauteur : 45 cm - Largeur : 37 cm

Valuation:
$38,043-$50,724

Jeune fille au voile blanc.

Huile sur toile.

Après avoir obtenu le Grand Prix de Rome en 1797, Guérin expose régulièrement au Salon où ses tableaux sont bien perçus. Il se forge une réputation de peintre d'histoire, réalisant des scènes de l'histoire romaine ou contemporaine. Il a aimé les études de têtes lui permettant de travailler l'expression des sentiments. Conservées dans son atelier, il s'y référait pour réaliser de grandes compositions. Parmi ses élèves figurent les plus grands de la génération suivante : Géricault et Delacroix.

Bibliographie :
J. Bottineau, « De Belisaire a Marcus Sextus Genése et histoire d'un tableau de Pierre Guerin (1774 - 1833)»,
La Revue du Louvre, Juin 1993, n°3, p. 53 reproduit fig. 13.

Rapport de condition :
Le tableau est dans un état assez satisfaisant à l'exception d'une restauration importante due
à un manque, du menton à la main gauche sur une largeur de 5 cm environ. Il existe également
quelques petites restaurations éparses sur l'ensemble de la composition, et quelques mèches de cheveux rehaussés. Le tableau se présente sale, sous un vernis jaune.


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