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LA MARQUETERIE : L'ART D'HABILLER LE MOBILIER
Buffet à hauteur d'appui, style Louis XVI - XIX° siècle
Bien que le terme de marqueterie nécessite une explication et une définition détaillées, il évoque presque immédiatement le décor de bois qui enchanta les demeures privées à partir du XVI° siècle. La fragilité du matériau, soumis plus que tout autre à l'épreuve du temps et aux dangers de l'incendie, ne laissait pas prévoir à l'origine un tel succès. Toutefois, la marqueterie de bois représenta l'une des manifestations essentielles de l'évolution du goût, et du mobilier.
L'art délicat de la marqueterie
La marqueterie est un décor réalisé avec des placages découpés suivant un dessin, et collés sur un support (meuble, boiserie, ou tableau). Les images ainsi obtenues peuvent être géométriques (on parle alors de frisage), figuratives ou abstraites. La marqueterie compose une ornementation des plus variées (motifs, fleurs, scènes de vie, paysage...) en matériaux fins et d'origines diverses. Le décor assemblé est ensuite plaqué définitivement sur un support, le plus souvent un bâti de meuble. Les matériaux utilisés sont essentiellement des placages de bois (le plus fin possible, selon la dextérité de l'artiste) exotiques et indigènes, naturels et teintés, mais aussi des métaux (laiton, cuivre, aluminium, étain ), des matières animales ( corne, os, ivoire, galuchat, écaille de tortue ), de la paille ou - plus récemment - des matières synthétiques.
En liaison étroite avec le domaine de l'ébénisterie, la marqueterie permet également la composition de tableaux en tant qu'expression artistique d'un art décoratif à part entière.
Bureau de pente, style Louis XV - intérieur marqueté - XIX° siècle
A l'origine de la marqueterie
À l'origine de la marqueterie, il y a l'incrustation : l'In Tarsia ou intarsia. Pratiquée dans la décoration d'objets en bois depuis le début de l'antiquité égyptienne, cette technique consiste à creuser le bois pour y placer des morceaux d'une autre matière (os, corne, ivoire, pâte de verre, pierre, corail...) ou d'une essence différente. Cette technique décorative fut très utilisée et s'est vite diffusée dans tout le monde antique : des objets réalisés selon cette technique sont mentionnés dans l'Odyssée d'Homère et chez Pline l'Ancien. Cette technique était également connue de l'Égypte pharaonique, et s'est perpétuée aux époques copte, puis islamique. Quoiqu'utilisée ponctuellement, l'incrustation ne survivra pas à l'Empire Romain.
C'est au XIV° siècle que les Italiens réinventent cette technique de l'intarsia pour orner le mobilier. En premier lieu à Sienne au XIV° siècle. Par la suite, Florence va se réserver le monopole au siècle suivant. Plus résistant que la peinture sur bois, l'intarsia prolongea souvent les recherches sur l'illusionnisme dans la représentation.
Au cours du XVI° siècle, la marqueterie se développa en Allemagne, en Angleterre, et aux Pays Bas. En France, le travail du bois consiste encore, la plupart du temps, en la technique du placage - utilisée avant celle de la marqueterie - et consistant à coller sur un bâti de meuble, des lamelles de bois précieux. Sciées à la main, les plaques de bois ont une épaisseur irrégulière de plus de un millimètre. L'ébène fut l'un des premiers bois à être plaqué, donnant ainsi son nom à ceux qui, les premiers, le travaillèrent : les ébénistes.
Cabinet marqueté de fleurs de style XVII°, travail hollandais - XIX° siècle
La marqueterie française : gage d'excellence
Au XVII° siècle, la marqueterie prit un nouvel essor, et devint très à la mode en France, principalement sous les styles Louis XIV et Louis XV. Colbert réunit aux gobelins un florilège de marqueteurs, parmi lesquels Jacques Sommer, le hollandais Pierre Golle et bien sûr André-Charles Boulle. Ce dernier remis à jour l'ancienne technique de l'intarsia consistant à incruster de la nacre ou de l'écaille de tortue dans du cuivre ou de l'étain.
Au début du XVIII° siècle, la marqueterie française s'effaça quelque peu au profit de la laque et des vernis, avant de produire quelques-unes de ses plus belles réalisations grâce à Charles Cressent, Jean-François Oeben et Jean-Henri Riesener. Les ébénistes, profitent alors allègrement des importations des « bois des Isles », et réalisèrent d'importants travaux de marqueterie sur des meubles précieux : bois de rose, palissandre, bois de violette, acajou, amboine, santal... En effet, à la faveur des échanges commerciaux, plus de cinquante variétés d'essences exotiques et quarante essences indigènes étaient disponibles en 1770 !
La technique du frisage fit son apparition au XVIII° siècle. Cette technique de marqueterie présente des lamelles de bois précieux coupées en diagonales, plus ou moins accentuées et placées de telle sorte que les veines se trouvent inversées selon les panneaux ou les motifs géométriques, provoquant ainsi des effets d'optique intéressants. Antoine Gaudrau, Pierre II Migeon, Mathieu Criaerd ont, au XVIII° siècle, utilisé cette technique, mettant ainsi en valeur les couches concentriques formées par les annuités de
l'arbre.
Après avoir été géométriques vers 1720, les motifs redevinrent picturaux à la fin du siècle. La marqueterie perdit de l'importance sous l'Empire et sous la Restauration, mais connut un regain de faveur et un perfectionnement technique sous Napoléon III. La fin du XIX° siècle verra renaître avec bonheur l'art de la marqueterie, célébrant les formes naturelles et torturées de l'Art nouveau. La flore inspira librement les créateurs de l'école de Nancy (Louis Majorelle, Emile Gallé) au tournant du siècle, et se prêta aux stylisations rigoureuses d'Emile-Jacques Rulhmann au milieu des années 1920.
Encoignure à façade galbée - époque Transition
André-Charles Boulle : le ténor français de la marqueterie
Au XVII° siècle la marqueterie s'est répandue dans toute l'Europe et se perfectionne de jour en jour. En France, André-Charles Boulle, maître-ébéniste va redécouvrir la technique In Tarsia alors tombée en désuétude, et ainsi révolutionner la pratique de la marqueterie. Sa technique, utilisée plus tard en Italie et en Hollande, consiste à incruster les meubles avec - entre autres matériaux - de l'écaille de tortue, de la corne, de l'étain, du laiton ou du cuivre, découpés selon des formes complexes. Pour que la plaque d'écaille puisse s'insérer dans la plaque de laiton, il est nécessaire de les découper ensemble afin de garantir la concordance des motifs. Ainsi, l'on obtient deux décors, à la fois identiques et différents, l'un étant le négatif de l'autre :
- la première partie qui est un fond d'écaille avec un décor de laiton.
- la contre-partie qui possède le fond de laiton avec un décor en écaille.
Cette technique révolutionnaire permet d'obtenir des meubles en paire et cependant différents.
Certains meubles sont en plus enrichis d'incrustations de pierres semi-précieuses, notamment de lapis-lazuli, et décorés de bronze doré ou trempé dans l'acide. Le laiton est ensuite gravé. Ces compositions tirées de l'oeuvre de l'ornemaniste Jean Bérain résument la fameuse marqueterie Boulle qui porte aujourd'hui son nom. Il confectionna, avec cette technique, de nombreux boîtiers de pendules pour les plus fameux horlogers. Le génie de Boulle, totalement novateur dans la conception des formes, s'accompagna d'une virtuosité inouïe du travail du bronze doré qu'il allia pour la première fois à ses marqueteries. Ses créations constituent le sommet absolu du luxe et de l'élégance, combinant des formes extraordinaires à des matières confinant au précieux, à travers une excellence d'exécution qui n'a jamais été retrouvée.
Charles SPINDLER - Vue d'une maison
La marqueterie selon Spindler : une oeuvre d'art à part entière
Alors que la marqueterie était auparavant réservée à orner du mobilier, Charles Spindler (1865-1938) - peintre de formation - a été le premier à utiliser une technique artisanale pour en faire des tableaux à part entière au début du siècle dernier. Inscrit dans le courant Art nouveau, Spindler fut le chef de file de l'école alsacienne qui côtoyait celles de Nancy ou d'Allemagne. C'est en 1893 qu'il inaugure la technique de la marqueterie quelque peu délaissée en cette fin de XIX° siècle. Il réinvente aussitôt cette pratique de la marqueterie et décide d'en faire un art de chevalet.
Charles Spindler - et son fils Paul après lui - développe la recherche sur la matière qu'est le bois, et crée des panneaux muraux, tableaux, paravents... Ces oeuvres mettent en valeur la fibre naturelle des bois par la juxtaposition de larges plages d'essences rares. L'utilisation de la marqueterie y est surprenante ! Du bois, et uniquement du bois tel qu'il est, avec ses noeuds, ses défauts, ses couleurs, ses fibres qui font de chaque réalisation une oeuvre unique et inimitable, qu'il s'agisse d'une création originale ou de la réédition d'un classique de la maison Spindler. L'artiste a su trouver sa place en ouvrant de nouvelles voies et en offrant à la marqueterie un nouveau souffle et une place de choix dans les méandres de l'art contemporain.
Expertissim vous présente aujourd'hui de véritables trésors de marqueterie dont les superpositions successives, et la savante utilisation des copeaux célèbrent avec éclat la chaleur des matériaux, où toutes les qualités sont révélées dans leurs moindres nuances.
Par Elodie LUTUN (étudiante à l'ICART)
Furniture, sculpture and works of art (17th, 18th and 19th centuries)
Reference: 580310
Period: Late 19th Century.
Style: Louis XV.
Dimensions: 100 x 63 x 42 cm (39-1/4 x 24-3/4 x 16-1/2 in.).
Valuation:
500-800
Bureau de pente with all sides in facade and bulged sides with marquetry decor of an armored shield held by a lion, flowered branches, torch and Rococo motifs. Opened by a writing-slope enclosing an interior with marquetry decor with six tiered drawers, around a recess, and three small drawers in facade. Curved legs. Bronze, Rococo ornamentation.
Louis XV Style, Late 19th Century.
Small accidents and losses on the veneering.
Height: 100 cm (39-1/4 in.) - Width: 63 cm (24-3/4 in.) - Depth: 42 cm (16-1/2 in.).
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