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«Miroir, mon beau miroir ... » interrogeait la belle-mère de Blanche-Neige... Cette invocation connue des petits et grands nous rappelle cet éternel souci des apparences et de la beauté. C'est d'ailleurs à l'origine de ces préoccupations esthétiques que nous devons le formidable essor du miroir. Surface brillante et lisse, ami fidèle, parfois un peu cruel, les miroirs furent longtemps considérés comme des objets précieux, réservées aux seules Dames de la Cour et aux classes aisées.
Expertissim vous propose aujourd'hui un extraordinaire voyage dans le temps à travers la présentation de ces miroirs, véritables oeuvres d'art, dont vous serez la muse dans le reflet.
Une lente émergence pour un secret bien gardé
Les miroirs de l'Antiquité et jusqu'au Moyen âge n'étaient que de simples disques de métal, légèrement convexes et polis selon la forme du miroir. Ce n'est qu'à partir du XIII° siècle, que des miroirs en verre apparurent en Europe. C'est au XV° siècle à Venise que se développe la fabrication des miroirs étamés (les fameux miroirs au mercure). La méthode d'étamage consistait à revêtir une plaque de verre d'un alliage de mercure et d'étain. Ces miroirs vénitiens, d'une pureté exceptionnelle, avaient un pouvoir de réflexion étonnant mais contraints par des formats limités car ils étaient fabriqués à partir de cylindres de verre soufflé que l'on fendait et que l'on aplatissait sur une pierre. Très vite, la fabrication des glaces prit un tel essor dans la ville des doges, que les miroitiers y formaient une corporation distincte de celle des verriers. Par la suite, la police de la Sérénissime logea les maîtres verriers sur l'île de Murano, menaçant de mort celui qui divulguerait le secret de fabrication de ces miroirs. Cependant, malgré les prohibitions et les menaces les plus terribles du gouvernement vénitien, dès la fin du XVI° siècle des établissements rivaux, fondés par des ouvriers parvenus à s'échapper, fonctionnaient en Allemagne et en Lorraine.
L'espionnage industriel selon Colbert
Au cours du XVII° siècle, des manufactures apparaissent dans les autres pays d'Europe en faisant appel au savoir faire des Maîtres verriers Vénitiens. Au début du règne de Louis XIV, la France jouissait alors d'une expérience honorable et très diversifiée dans le domaine du verre, mais les premiers essais qui furent exécutés pour fabriquer ces miroirs à Paris, à la fin de 1630, par Eustache Granmard et Antoine d'Antonneuil, furent pour le moins approximatifs.
Très à la mode dans les intérieurs aristocratiques, les importations de glaces vénitiennes ont pris en France une telle extension que Colbert envoya en 1665 à Venise un agent secret pour organiser la fuite de verriers vers Paris... avec leur précieux secret. Pour décider les ouvriers à s'expatrier, le ministre des Finances appuyait des arguments de choc à travers des privilèges personnels considérables : exemption d'impôts, juridiction spéciale pour les administrer, et un salaire fort au-dessus de la moyenne. Sachant qu'à l'époque, le prix d'un beau miroir au mercure équivaut environ à 800 journées de travail d'un manoeuvre ordinaire, la fin justifie bien les moyens ... C'est à cette époque enfin que Colbert put fonder la manufacture des glaces françaises (qui deviendra par la suite Saint Gobain) et combattre la prééminence de Venise. Plus encore, les ouvriers Français parviennent à fabriquer des miroirs d'une dimension et d'une qualité exceptionnelle, permettant à Colbert d'interdire dès 1672 l'importation des produits vénitiens. Le Roi accordera d'ailleurs son appui à ce domaine comme au reste de la création artistique.
Des techniques inédites pour une production bien française
Les miroitiers du faubourg Saint-Antoine recevaient les verres des glaces fabriqués à Saint-Gobain qu'ils polissaient et recouvraient d'étain et de vif-argent, cette dernière opération constituant l'étamage. L'emploie du vif-argent, appelé aussi mercure était particulièrement nocif pour la santé des personnes qui le manipulait. Il faudra attendre le milieu des années 1850 pour qu'un certain Petit-Jean parvienne à remplacer l'étamage au mercure utilisé depuis le XV° siècle par l'étamage à l'argent.
L'année 1684 vit apparaître un grand perfectionnement dans la fabrication des miroirs de verre, avec le procédé du coulage des glaces à plat : une méthode qui est encore pratiquée actuellement pour les pièces de grande taille. Ce fut là le véritable bond en avant de la miroiterie française. En 1691, l'invention française du verre laminé à l'atelier de Saint Gobain permit de faire des miroirs de surfaces spectaculaires et intégrables dans l'aménagement intérieur. Les formes et encadrements s'adaptant au style de l'ensemble de la décoration. Sous Louis XIV, la Galerie des Glaces ne sera pas seulement le joyau de Versailles, mais démontrera surtout l'incomparable savoir-faire des manufactures françaises.
La Galerie des Glaces à Versailles : première révolution française
Les miroirs demeurent plus que jamais des objets de luxe mais ils ne sont plus réservés aux cabinets royaux comme c'était le cas au XVI° siècle. A la fin du XVII° siècle, les deux tiers des foyers parisiens avaient pu acquérir un miroir, passant ainsi du statut de « bijou » à celui d'objet de décoration.
On trouve à cette époque de petits modèles décorés de motifs en cuivre repoussé, généralement surmontés d'un fronton de forme triangulaire et quelquefois garnis de parecloses. L'encadrement est souvent réalisé en loupe voire en bois noirci. Par ailleurs, les grands miroirs Louis XIV à double encadrement en bois doré sont les plus spectaculaires. Les baguettes d'encadrement sont à décor à la Bérain et comportent des écoinçons ajourés. Enfin, c'est encore sous Louis XIV qu'apparaît le cadre richement sculpté doré à la Française. Des réalisations originales par un grand nombre d'artisans et de personnalités sont réalisées pour la décoration de demeures royales et aristocratiques ; parmi lesquelles les salles d'apparat de Marly, de Chambord, de Fontainebleau mais aussi et surtout la célèbre Galerie Des
Glaces au château de Versailles.
Miroir, début XVIII° siècle
La Régence : moins de solennité, plus d'insouciance
Au cours des XVII° et XVIII° siècles, toute l'Europe passe du style lourd et massif des cadres dorés à des ornementations plus légères et des influences extérieures. En particulier au début du XVIII° siècle l'influence du français Daniel Marot (1660-1718) se fait sentir dans plusieurs pays d'Europe. On met désormais en avant le confort et l'intimité afin de rompre avec la solennité du règne de Louis XIV ; les miroirs vont suivre le mouvement.
Sous la Régence, les grandes glaces de trumeaux se rencontrent dans les pièces de réception. Quant aux grands miroirs en bois doré et agrémentés de parecloses, ils continuent à connaître un vif succès. Le modèle classique de la Régence est encore mis en valeur par un fronton orné d'un spectaculaire cartouche mouvementé qui apparaît largement déployé. De ce motif principal part généralement un enchevêtrement de rinceaux et de guirlandes de fleurs.
Miroir dans un encadrement à fronton en bois sculpté et doré
En route vers le rococo
Après le style Louis XIV, le style rococo avec des formes torses, asymétriques et le style d'André Charles Boulle (1642-1732) connaît une grande popularité. Les miroirs se parent de combinaisons de bois précieux, d'écailles, de nacre et laiton. De plus, l'intérêt pour les chinoiseries introduisent en France la mode des miroirs laqués, aux ornementations de pagodes et autres plantes exotiques. Les miroirs retrouvent de petits formats, le plus souvent en bronze, agrémentant le mobilier de toilette.
Le règne de Louis XV marque également la grande époque du trumeau en bois sculpté et doré, surmonté d'une toile à décor de scène galante dans le goût de Boucher. L'usage des parecloses subsiste toujours mais il tend à s'effacer au profit des bordures en bois doré et sculpté. Témoignant d'une grande richesse, ces dernières se prêtent dans un premier temps à toutes les extravagances du style rocaille, l'asymétrie étant la règle. Par la suite, le style Louis XV s'assagit et opte pour des ornements plus symétriques, avant d'évoluer vers le néoclassique apparut vers 1750 et qui mettra une vingtaine d'année à s'imposer.
Trumeau à miroir en bois de style Louis XVI
La Transition vers le Style Louis XVI
Un goût nouveau apparaît dès les années 1750, prenant ses sources dans l'Antiquité gréco-romaine. Le néoclassique qui revendique le triomphe de la ligne droite et des ornements « à la grecque » trouvera par la suite son plein épanouissement avec le style Louis XVI. Aussi, à partir de 1760 et durant une dizaine d'années environs, les arts décoratifs s'inscrivent-ils dans cette période au répertoire classique caractéristiques du style Louis XVI. De ce fait, la forme des miroirs en bois doré demeure encore chantournée ; les ornements décoratifs témoignent d'une sensible évolution.
Très diversifiés, les motifs du répertoire néoclassique triomphent durant cette époque, faisant apparaître des vases fleuris, des colombes, des trophées d'instruments de musiques, de jardinage ou de chasse. Feuilles d'acanthes, chutes de lauriers, frise de postes, cannelures, noeuds de ruban, vases antiques ou pots a fleurs figurent aussi parmi les motifs les plus estimés. De leur côté, les modèles provençaux mettent en valeur un répertoire plus personnalisé de pampres de vigne, de soupières et de bouquets de fleurs. Progressivement, les miroirs en bois doré Louis XVI se simplifient pour devenir rectilignes ; l'encadrement se limitant parfois à une baguette bordée de perles ou de raies de coeurs.
Grand miroir de trumeau, de style Empire
Avec le Directoire, s'amorce la décadence des miroirs considérés jusqu'alors comme des luxueux objets décoratifs. Les modèles de cette époque sont assez semblables à ceux de la période Louis XVI, si ce n'est que les lignes deviennent plus sobres et la décoration volontiers plus dépouillée, résumée à des frontons sculptés d'attributs militaires : casques, tambours, boucliers et drapeaux.
Si le miroir est devenu une évidence dans ce monde actuel, il n'est apparu dans notre quotidien qu'au XIX° siècle, au terme d'un histoire longue mais passionnante. Aujourd'hui enchâssés et miniaturisés dans les boîtiers de maquillage, démesurés et placardés au détour des rues et des vitrines, encadrés et parés pour décorer les appartements, les miroirs sont omniprésents dans notre société. Et il est difficile de ne pas croiser son reflet des dizaines de fois par jour. Ce rapport au miroir est inédit dans l'Histoire de la Beauté.
Par Elodie LUTUN (étudiante à l'ICART)
Furniture, sculpture and works of art (17th, 18th and 19th centuries)
Reference: 1071109
Style: Louis XV.
Dimensions: 76 x 50 cm (30 x 19-1/2 in.).
Valuation:
200-300
Serpentine mirror with bevelled side mirrors of sculpted and gilded wood with a decor of scrollwork, acanthus and shells.
Louis XV Style.
Height: 76 cm (30 in.) - Length: 50 cm (19-1/2 in.).
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