LA PORCELAINE DE CHANTILLY : UNE CREME !
Symbole du raffinement et du savoir vivre « à la Française », le domaine princier de Chantilly cumule les appellations les plus luxueuses. Son château tout droit sorti d'un conte de fée s'agrémente de jardins conçus par Le Nôtre et d'écuries somptueuses, célèbres dans le monde entier comme étant les plus vastes jamais construites.
Cour littéraire et artistique réputée, les plus grands auteurs sont passés par Chantilly, égayant ainsi la retraite du Grand Condé, célèbre frondeur et vainqueur de Rocroi. L'on y rencontrait indifféremment La Bruyère, Molière, La Fontaine et Racine ... Que du beau monde !
Il ne manque plus à ce palmarès que les arts de la table, me direz-vous ... N'ayez crainte, là encore, le Grand Condé fut à la hauteur de sa réputation, et le souvenir des merveilleuses fêtes cantiliennes résonne encore à nos oreilles et à nos papilles, hissant au rang de héros le célèbre cuisinier Vatel. Vatel qui, selon la légende, aurait inventé la crème Chantilly...
A ce train de vie royal correspondait une volonté d'autonomie de la part de la famille Condé vis-à-vis du pouvoir monarchique. Chantilly s'appropriera donc divers apanages, jusqu'alors réservés au Roi. Parmi eux, la chasse - un divertissement alors très réglementé - mais aussi la fabrication de porcelaine, dont le secret de la fabrication restait encore à découvrir.
La porcelaine : une quête obsessionnelle
Dès le XVII° siècle, l'Europe entière cherche à percer le secret quasi-mythique de fabrication de la porcelaine « dure et blanche ». Furieusement à la mode depuis le déclin de l'argenterie, on la faisait alors venir à prix d'or d'Extrême-Orient. De ce fait, l'on comprend aisément la quête acharnée que la porcelaine pu générer.
Louis-Henri de Bourbon-Condé, fait donc construire sa propre manufacture à Chantilly. Dès 1735, Louis XV accorde un privilège de 20 ans au maître porcelainier Cicaire Cirou, désormais autorisé à produire « une porcelaine fine à l'imitation du Japon ». Chantilly devient rapidement l'un des premiers lieux de production de la porcelaine en France et ce, jusqu'en 1792.
Le procédé de fabrication se perfectionne en cours de route, notamment grâce à Claude Gérin, qui parvient à mettre au point une pâte plus blanche en ajoutant de l'alun. Il réussit ainsi à obtenir une porcelaine tendre et d'un blanc très pur.
Qu'appelle-t-on « porcelaine tendre » ?
L'on désigne par l'appellation porcelaine tendre une porcelaine dite « artificielle » inventée en Occident pour servir de substitut à la porcelaine dure d'Extrême-Orient que l'on ne parvenait pas encore à fabriquer. Faute de kaolin, la porcelaine tendre est obtenue par un mélange de sable siliceux, de fondants alcalins (de la soude ou de la potasse) et de marnes calcaires. Elle n'aura donc ni la transparence ni la sonorité des porcelaines orientales, mais constitue toutefois un grand pas vers la découverte de la porcelaine dure. Les porcelainiers gardent d'ailleurs jalousement leurs recettes, sans jamais se les transmettre, ce qui a laissé libre cours à de nombreuses variantes.
La porcelaine tendre connut ses premières réalisations dès la fin du XVI° siècle à Florence. Elle pénètrera ensuite en France à la fin du XVII° siècle ; à Rouen pour commencer, puis à Saint-Cloud, Chantilly, Mennecy, Sceaux et Vincennes, donnant lieu à la création de célèbres manufactures.
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Le kakiemon à l'honneur
Symbole d'élégance et de bon goût, la porcelaine de Chantilly se distingue rapidement par son extrême raffinement et sa qualité exceptionnelle. Les nombreuses pièces de porcelaines japonaises, que collectionnait le prince de Condé, fournirent aux céramistes de Chantilly une première source d'inspiration. C'est en effet l'apogée du style kakiémon : un décor polychrome et chargé (fleurs, oiseaux, cailles, échassier, renard à la haie, jeux d'enfants...) reconnaissable au premier coup d'oeil.
Grâce à l'emploi d'un émail à base d'étain, et d'une gamme de couleurs très vives (rouge capucine, jaune pâle, vert tilleul, vert d'eau, bleu...) les ateliers de Chantilly réussirent à imiter avec une exactitude remarquable, les célèbres porcelaines Japonaises.
Déboires et déclin
Après la mort du duc de Bourbon en 1740, les commandes se font plus rares et la production diminue sensiblement. Plus grave encore, les meilleurs ouvriers s'en vont : les frères Robert et Gilles Dubois, Claude Gérin ou encore Louis François Gravant quittent Chantilly pour fonder la Manufacture de Vincennes qui se transporte ensuite à Sèvres. Cette dernière se verra ensuite attribuer le privilège de l'exclusivité des procédés les plus intéressants et des découvertes les plus récentes, en matière de porcelaine. Chantilly ne peut longtemps soutenir la comparaison avec sa rivale : elle se voit ainsi interdire l'emploi de la polychromie puis des ors.
A partir de 1751 les ateliers cantiliens ont délaissé les motifs japonais au profit d'un décor floral en camaïeu de bleu, dit « à la brindille » et à « l'oeillet », rappelant les décors sur faïence.
En 1768, la découverte du fameux kaolin près de Limoges, permet enfin à Sèvres de réaliser des porcelaines en pâte dure, plus proches des modèles orientaux, confirmant par là même, la fin de la manufacture de Chantilly.
La marque habituelle des porcelaines de Chantilly représente un cor de chasse, rouge pendant la première période, bleu pendant la seconde.
Riche d'un immense patrimoine historique et artistique, le domaine princier de Chantilly est aujourd'hui encore une référence indétrônable du patrimoine culturel français.
Sa tradition porcelainière, bien qu'éphémère, confirma Chantilly dans sa réputation d'excellence ; les pièces, devenues très rares sont aujourd'hui très recherchées des collectionneurs.
Depuis quelques années, la porcelaine de Chantilly connaît une seconde jeunesse, grâce à la l'ouverture d'une boutique-atelier où sont vendus des articles peints à la main dans l'ancienne tradition cantilienne. Il est même possible de voir travailler les peintres de porcelaine !
Par Elodie LUTUN (étudiante à l'ICART)
European ceramics
Reference: 2170410
Period: 18th Century
Dimensions: Height: 14 cm (5-1/2 in.).
Valuation:
$512-$768
CHANTILLY.
Round, covered, soft-paste sugar bowl, decorated with large twigs in blue camaïeu. Blue fillet on the borders. Knop designed as a button with blue dots.
Marked underneath the base with a blue hunting horn and an initial P.
On the side: Trace of paste adhered to kiln.
Similar pattern in "Porcelaine de Chantilly au XVIIIe siècle" by Géneviève Le Duc.
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