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"JE NE PEINS PAS CE QUE JE VOIS MAIS CE QUE JE PENSE" (PICASSO)
Paix, liberté, justice, égalité, fraternité, révolution... autant de noms féminins en langue française, mais aussi d'Idées et de valeurs à la portée universelle qui se sont prêtées à toutes sortes de représentations allégoriques en littérature ou dans les arts. Avec sa mythologie et sa philosophie, c'est la Grèce antique qui, dans le monde occidental, en fournit le modèle-même. Ainsi la Concorde, le Temps, l'Agriculture, la Poésie, l'Amour, ou encore l'Histoire et ici la Lecture s'exposent à nous sous les traits de personnages divers et variés. Que ce soit en peinture, en sculpture, en poésie ou au théâtre, l'allégorie repose sur des principes de mise en scène et de dramaturgie qui donnent lieu à une distribution imaginaire des rôles, au résultat des plus charmants.
Petite histoire de l'allégorie
Dès l'Antiquité, les sculpteurs ont représenté des idées abstraites sous formes de figures humaines ou animales, ou encore d'objets symboliques. Au Moyen Âge, l'art Roman puis l'art Gothique utilisent l'allégorie dans la représentation des Vices et des Vertus. Par exemple la Justice avec son glaive et sa balance : représentation qui connaîtra une longue popularité. C'est avec le Haut Moyen Age et la Renaissance - Dante en chef de file - que s'élargissent les champs d'action de l'allégorie ; l'allégorie chrétienne portant alors ses plus beaux fruits.
La vogue de l'allégorie dans les beaux arts se développe encore aux XVI° et XVII° siècles avec celle des livres d'emblèmes, et connaît son apogée dans l'art baroque souvent inspiré par l'ouvrage encyclopédique de Cesare Ripa, Iconologia (1593). Botticelli constitue un excellent exemple de cette tendance, tout comme Arcimboldo.
Par la suite, les exemples d'allégories deviennent légions, surtout avec la peinture classique. Quant à la France de l'Ancien Régime, elle s'amusera des Fables de La Fontaine, fabuliste de génie et maître dans l'art de l'allégorie. Sous sa plume, le roi devient Lion, le fourbe devient Renard, la Cigale se fait épicurienne, quant aux Tiers Etat il est symboliquement dessiné sous les traits d'un mouton ou d'un agneau.
La musique n'est pas en reste dans l'utilisation de l'allégorie, et l'on retrouve la Discorde vaincue par la Joie dans l'Ode à la Joie de Schiller, admirablement mise en musique par Beethoven dans sa 9° symphonie.
L'allégorie : un discours éternel et universel
Comme nous l'avons mentionné, une allégorie est une forme de représentation indirecte qui emploie une chose (une personne, un être animé ou inanimé, une action) pour incarner et expliquer une idée abstraite ou une notion morale difficile à représenter directement. Pour se faire, les sujets allégoriques sont pléthore.
Les Anciens, dont presque toutes les divinités sont allégoriques, nous ont légué un répertoire extrêmement varié, d'ailleurs nous nous servons encore des attributs qu'ils leur ont donnés. Les animaux sont régulièrement utilisés : l'aigle est toujours la figure allégorique de la puissance ; le paon rappelle l'orgueil, la colombe suggère la paix, le hibou, la sagesse etc ... C'est aussi en s'inspirant des fabulistes de l'Antiquité gréco-latine et en particulier d'Ésope, que La
Fontaine écrit les Fables qui font sa renommée, mettant lui aussi en scène un bestiaire des plus cocasses.
Nous remarquerons également une très nette préférence pour les allégories féminines. Le personnage féminin est en effet largement utilisé pour incarner tout entier des valeurs à promouvoir ou des événements historiques à commémorer : citons pour exemple Marianne, allégorie de la liberté, ou encore Vénus : parfaite incarnation de l'amour et de la sensualité.
L'art de l'allégorie
L'allégorie, forme d'expression qui appartient d'abord à la littérature, est également très fréquente dans les beaux-arts. Une allégorie en représentation picturale (peinture et sculpture pour l'essentiel) emploie une figure mythologique sous forme d'icône, dont la seule présence évoque le passé mythographique, supposé culturellement connu de tous les esthètes de l'art. Le jeu de l'allégorie est donc de figurer, sans autre forme que l'image fixe, une histoire légendaire ou mythique.
Les peintres de la Renaissance usaient d'allégories comme autant de symboles dans leurs oeuvres. Sandro Botticelli est connu pour ses allégories, qui parfois s'adressent à un public hautement cultivé de son époque, comme les aristocrates florentins de la cour des Médicis. Citons par exemple le Printemps, ou encore l'Amour incarné sous les traits d'une Vénus sortie de l'onde.
Les artistes modernes ont également fait usage de l'allégorie. Au XVII° siècle, la peinture allégorique était le genre le plus élevé, réservé au décor des palais royaux et des parlements.
Au XIX° siècle, les allégories furent reprises pour l'exaltation des nationalismes patriotiques ; citons ici la Liberté guidant le Peuple de Delacroix ou encore l'allégorie par laquelle Prud'hon a représenté le Crime poursuivi par la Justice et le Remords (1808). Le renouveau de ces thèmes artistiques s'inscrivit dans le cadre de l'esthétisme, et de l'académisme en peinture. La virtuosité de l'artiste donne ainsi aux esthètes l'évocation d'une glorification du sujet traité.
Le brillant maniement des rimes, du pinceau ou du burin et la visée morale des oeuvres, parfois plus complexes qu'il n'y paraît au premier abord, en ont déterminé le succès. La Fontaine, Arcimboldo, Botticelli ou encore Poussin sont toujours considérées comme parmi les plus grands chefs d'oeuvre des cultures française et italienne.
Ces allégories aujourd'hui proposées par Expertissim ne renvoient pas vraiment à la mythologie, mais à de simples concepts personnifiés dans le bronze. Si le contenu allusif de ces oeuvres n'est pas accessible au premier regard, c'est une façon habile et ludique d'en coder le contenu, devenant explicite aux seuls initiés.
Par Elodie LUTUN (étudiante à l'ICART)
Furniture and decorative objects (17th, 18th and 19th centuries)
Reference: 810310
Period: 19th Century.
Dimensions: 38 x 36 x 16,5 cm (15 x 14 x 6-1/2 in.).
Valuation:
200-250
Allegory of Reading.
Bronze group with brown patina on a moulded, rectangular base.
19th Century.
Height: 38 cm (15 in.) - Length: 36 cm (14 in.) - Width: 16,5 cm (6-1/2 in.).
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