Le dessin était à l'honneur cette semaine à Paris avec la célèbre semaine du dessin qui attire depuis quelques années dans la capitale des curieux, amateurs et collectionneurs du monde entier. L'honorable
Salon du Dessin crée il y a déjà vingt ans catalyse autour de lui une multitude d'événements comme le
Salon du Dessin contemporain, la
Foire Internationale du Dessin (FID) ou encore
Chic Dessin au Palais Richelieu.
Chez
Expertissim aussi le dessin occupe une place majeure avec
la mise en vente ces dernières semaines de plus d'une dizaine de dessin. Fusain, crayon, plume, sanguine ou aquarelle sont autant de techniques que les artistes ont explorées laissant la trace spontanée de leur première pensée.
Le dessin reste souvent attaché à sa fonction d'élaboration d'une oeuvre peinte, sculptée ou gravée. Esquisse, modelo ou ricardo :
l'artiste a besoin d'exprimer sur papier sa première pensée créatrice. Le dessin peut se limiter à quelques coups de crayon rapidement esquissés comme le
Berger de Philippe Barbias ou à une étude très détaillée et proche de l'oeuvre finale, comme la
Marine de Jean Jacques Torel . Le dessin peut aussi exister comme une oeuvre en soi et ne renvoyer à rien d'autre que lui-même comme les deux
scènes de l'Ancien Testament à la plume et au lavis gris présentées par Expertissim ou bien la
Fillette au bouquet , au crayon et à la gouache blanche.
*(1)
Subtile et sensible, le dessin évoque de manière éloquente l'histoire des styles et les moyens d'expression des peintres. Un artiste n'utilise jamais une technique par hasard, il y a toujours une recherche de couleur, de texture, de commodité ou de liberté.
Commençons par
le fusain, technique la plus ancienne utilisée par les hommes. Le fusain est un morceau de bois à moitié calciné (bois de fusain, de myrte ou de bouleau), dont la dureté est la qualité majeure. Le fusain est une des seules techniques
faciles à effacer sur la feuille, c'est pourquoi il est souvent utilisé comme un outil d'esquisse ou d'apprentissage du dessin.
Jean Baptiste Millet se sert du fusain pour esquisser
les côtes de Gréville , la possibilité d'effacer influe fortement sur la manière de dessiner, le trait est généralement plus libre et ample. Le problème du fusain est qu'il
ne reste pas bien fixé sur la surface du papier, c'est une technique éphémère qui se conserve mal. Cela n'empêche pas certains artistes comme
Auguste Allongé de réaliser de véritable chef d'oeuvres avec le fusain pour seul outil. Le fusain est un des seuls matériaux qui permet une
nuance de valeurs à l'infini. L'artiste joue sur l'intensité des noirs et l'épaisseur du trait : le travail de l'estompe offre un rendu très lumineux dont
les deux bouleaux d'Allongé sont une belle illustration.
*(2)
Le fusain est détrôné par la
pierre noire à la fin du XVème siècle. Ce schiste argileux carbonifère offre
un trait plus doux, plus net et plus précis que le fusain. Cette technique présente un tracé avec une forte matité et qui s'apparente au crayon dans son homogénéité. La pierre noire offre de nombreux avantages pour le dessinateur dont la
souplesse d'exécution et la rapidité du trait sont les plus importantes. Dans
la Lapidation du Poète , Jean de Julienne met à profit le trait rapide et ample qu'offre la pierre noire.
*(3)
La sanguine est un matériau connu dès l'antiquité mais qui n'est utilisé qu'à partir du XIVème siècle pour faire des dessins sur papier. Il peut être utilisé en bâtonnet friable comme dans
l'Etude de Garçon de Francine Charderon ou en lavis. La sanguine est à l'honneur avec la génération des maniéristes ; les artistes du XVIIIème siècle, dans leur apologie de la couleur y ont également régulièrement recourt. Ils utilisent fréquemment la
technique des trois crayons : technique composite qui mêle la pierre noire, la sanguine et la craie blanche.
*(4)
Pour introduire de la couleur dans le dessin, les artistes ont recourt à différents matériaux qu'ils apposent en rehaut:
bâtonnet de pastel et autres craies grasses (pigments pures mélangés à de la gomme arabique, craie blanche, colle, miel),
sanguine, toutes sortes de
lavis (encre plus ou moins diluées dans l'eau) ainsi que la
craie blanche pour offrir plus de luminosité au dessin.
L'aquarelle et la gouache sont elles aussi des techniques que l'on classe dans la famille du dessin car elles sont utilisées sur papier. La gouache est une technique italienne dont la gomme arabique et le blanc mélangés aux pigments donne une forte opacité au matériau. Au contraire
l'aquarelle est utilisée pour sa transparence et sa légèreté.
Louis Etienne Timmermans utilise avec virtuosité cette technique dans ses vues de ports et de canaux.
*(5)
Il existe encore bien d'autres techniques de dessin, chacune offrant des possibilités différentes pour que l'artiste exprime le plus justement sa pensée créatrice. C'est à travers le dessin que l'on réussi à capter au mieux la personnalité et le style d'un artiste. Dans le dessin, le geste est pur et subtile, l'artiste ne cherchant à plaire mais seulement à exprimer son idée, sa pensée, son âme.
Marion Sailhen (Etudiante à l'IESA)