La sculpture de Satyre et de Bacchante présentée par Expertissim est représentative du style de Clodion aussi bien dans son esprit que dans sa technique.
L'oeuvre de Clodion se caractérise par le modelage délicat et minutieux de la terre cuite ainsi que par des sujets élégants et amoureux.
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Un sculpteur Lorrain
Claude Michel dit Clodion est un artiste Lorrain, né à Nancy en 1738 et décédé à Paris en 1814. Il passe tout le début de sa vie dans sa ville natale, alors le chef lieu d'un duché indépendant. En effet ce n'est qu'en 1766, à la mort du dernier duc de Lorraine, Stanislas Leszczynski (père de Marie Leszcynska), que le duché passe définitivement aux mains de la France. Clodion connaît alors l'apogée de la Lorraine que le duc tente d'imposer comme un véritable centre culturel. Cette effervescence artistique n'empêche pas Clodion de partir parfaire son éducation dans la capitale française. En 1755, il intègre l'atelier de son oncle maternel Lambert Sigisbert Adam (1700-1759), sculpteur baroque très apprécié à Rome. A la mort de ce dernier, Clodion devient l'élève de Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785), sculpteur à la charnière des courants baroques et néoclassiques. Par la suite Clodion gagne le premier prix de sculpture à l'Académie et effectue son séjour à Rome dans les années 1765. Cette période italienne marque le début d'un succès international et de nombreuses commandes.
Bien qu'il soit principalement connu pour ses petites sculptures en terre cuite,
Clodion a aussi su s'exprimer dans l'art monumental et dans la taille de la pierre. Clodion exécute par exemple des sculptures en marbre pour l'Impératrice Catherine II ou encore un Mausolée pour la femme du Comte d'Orsay. Entre 1775 et 1782, il réalise des décors sculptés pour les hôtels particuliers de Bourret de Vézelay et de Besenval. Enfin Clodion reçoit des commandes royales et impériales comme une Statue de Montesquieu pour la Grande galerie du Louvre ou encore le relief en marbre de l'arc de triomphe du Carrousel représentant l'Entrée de Napoléon à Munich.
« Le Fragonard de la sculpture »
Les historiens de l'art surnomment souvent Clodion le « Fragonard de la sculpture » au regard de ses sujets élégants à l'esprit léger. Le sculpteur est apprécié dans toute l'Europe pour ses groupes de satyres et de bacchantes enlacés comme celui présenté par Expertissim. Sa production galante et sensuelle de baigneuses, danseuses et nymphes correspond bien à l'esprit
rocaille du règne de Louis XV. Avec l'arrivée au trône de Louis XVI en 1774, les sculptures de Clodion prennent une ligne plus calme et classique mais le sculpteur reste fidèle à ses sujets mythologiques. Le thème des satyres et des bacchantes est un sujet récurrent dans l'oeuvre de Clodion. Ces créatures sont issues de la mythologie grecque et associées au cortège dionysiaque. Les Bacchantes sont des femmes, associées aux nymphes nourrices de Bacchus, la mythologie raconte qu'elles courraient à moitié nue, la tête couronnée de lierre dansant et recouvrant l'air de cris discordants. Quant aux Satyres, ce sont des créatures hybrides, mi-homme mi-animal connues pour leurs ardeurs sexuelles et leur gout pour l'alcool. La présence du raisin dans une panière rappelle la figure de Bacchus et du vin. Le
sujet choisi par Clodion recouvre alors un caractère hautement sensuel et licencieux, mais traitée avec beaucoup de douceur, l'artiste semble vouloir insister sur l'aspect amoureux du couple.
La technique de la terre cuite
Clodion s'exprime principalement à travers le médium de la terre cuite. Longtemps considéré comme un matériau secondaire, en dessous des matériaux nobles comme le marbre
; les terres cuite abondent au XVIIIème siècle et sont très appréciées par les collectionneurs du siècle des Lumières. La terre cuite est un matériau particulier dans la sculpture car elle ne se taille mais se modèle avec les mains. Le sculpteur façonne une boule de terre crue et une fois la forme souhaitée obtenue, il la fait chauffer dans un four adapté. En raison de sa fragilité et de sa façon d'être travaillée, une terre cuite est rarement de grandes dimensions, et convient plus aux petits objets. La couleur de la terre cuite change en fonction de la nature de la terre crue, elle peut aller de teintes claires à des teintes brun orangées très chaudes. Comme pour le plâtre et le bronze,
l'artiste peut appliquer une patine pour modifier la couleur de sa sculpture.
Dans le groupe présenté par Expertissim , Clodion a appliqué une patine brune à sa terre cuite, peut être pour lui donner l'impression du bronze.
Marion Sailhen