08/18/2011
0 Comment(s)
A travers la sérigraphie Crucifixion (1960), Expertissim explore un thème récurrent de l’histoire de l’art et obsessionnel dans la carrière de l’artiste espagnol Antonio Saura (1930-1998) : les stigmates et la Passion du Christ.
Il est aisé et incontestable d’observer l’importance de la religion comme source iconographique majeure et inépuisable de l’histoire de l’art. Il en sera de même dans l’Œuvre de l’artiste qui de fait prolonge la tradition artistique de tant d’autres peintres espagnols : Jose de Ribera, Alonso Cano, Diego Vélasquez, Francisco de Goya, Pablo Picasso ou encore Salvador Dali. L’engouement religieux de l’Espagne des XVIe et XVIIe siècles, donne naissance à une image fastueuse et élogieuse de l’Eglise. De grands cycles consacrés à la vie du Christ, de la Vierge ou de saints sont alors réalisés. Mais pourquoi un sujet aussi macabre suscite autant l’admiration des peintres ? Sans doute en raison de la nature même de cette « personne supérieure » (Rembrandt) qui par son sacrifice sauva toute l’humanité et la restaura dans toute sa splendeur. Apparu au IIIe siècle, la figure du sauveur est glorifiée dans les représentations où il trône en majesté. Sa nature divine est également louée par l’aspect impassible de ce Messie pendant la Crucifixion et ce jusqu’au XIIIe siècle. Le thème du Jugement dernier, magnifié sur les tympans d’églises romanes et gothiques, l’intronise comme être suprême à craindre et électeur des âmes pures.
Dès le XXe siècle, une nouvelle orientation se fait jour ! Avec le groupe El Paso (1957-1960), Antonio Saura fait évoluer l’iconographie christique, thème obsédant à l’origine de la série des Crucifixions et d’un manifeste éponyme. Dans une Espagne marquée par la dictature franquiste, elles semblent dénoncer toutes les formes de mensonges et d’atrocités politiques et religieux (fascisme, guerres civiles, guerres de religions, guerres saintes,
Ces crucifixions ne sont pas sans rappeler l’œuvre de Francisco de Goya, Tres de Mayo (1814, Madrid, musée du Prado) où le personnage central, irradiant la composition de sa chemise blanche, s’expose comme une sorte de « Transfiguration » moderne dénonçant les horreurs des troupes napoléoniennes.
On est interpellé par la palette quasi monochrome des œuvres d’Antonio Saura. Cette orientation chromatique fait suite à sa rencontre avec Otto Von Loo et Pierre Matisse, Antonio Saura privilégie alors le gris, le noir et le blanc afin de retranscrire la rigueur et l’austérité d’une époque et/ou d’un évènement : crucifixion, guerres civiles, guerres saintes …
Autre cycle mystique renvoyant à la légende de sainte Véronique, les Suaires réalisés à partir de 1959. Ce récit populaire du XIIIe siècle, plébiscite par le développement du culte des saints et la Légende dorée de Jacques de Voragine (1261-1266), évoque l’origine de l’apparition du visage du Christ sur un linge. Présente sur le chemin de la Passion, sainte Véronique essuiera le visage du Christ après qu’il se soit agenouillé, éprouvé par son supplice. Pour l’en remercier, son visage resta imprimé sur le linge de la sainte.
Expertissim, à travers la crucifixion d’Antonio Saura, montre à quel point ce thème est le réceptacle de nombreux sentiments ou émotions. L’exposition du musée du Louvre intitulée Rembrandt et la figure du Christ en est un prolongement !
FAGES Peter (étudiant à l’Ecole du Louvre)
TERMS AND CONDITIONS | LEGAL INFORMATION | COPYRIGHT © 2009 EXPERTISSIM. ALL RIGHTS RESERVED