Sep 7, 2010 9:55:38 AM
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Lorsqu’un simple regard peint reflète les limbes de la pensée de celui qu’il anime, nous ne pouvons douter que la toile en question cache un grand artiste. Expertissim présente actuellement un singulier portrait de philosophe réalisé par l’ Ecole Vénitienne aux alentours des années 1700. L’œuvre, composée d’un unique buste animé par une torsion virtuose presque baroque, nous interpelle par la diversité de ses influences : la lumière ambiante rappelle les Caravagesques, le personnage semble tout droit sorti d’une mystérieuse scène Rembranesque et la touche du peintre fait allusion au style Rococo.
Mais qui donc sont ces artistes vénitiens du dix-huitième siècle ? Qu’avaient-ils en tête lorsqu’ils jouaient à mélanger les grandes heures de l’histoire de l’art ? Comment donc peut-on comprendre leur peinture ? Afin de ne pas rester englué dans cet agglomérat d’huile et de pigments, je vous propose de me suivre à la découverte de Giuseppe Nogari , un des chefs de file de ce mouvement pictural particulier.
*(1)
Giuseppe Nogari, un Italien du nord :
Aucun historien de l’art ne peut à ce jour se vanter de posséder quelque information concernant la vie privée de cet artiste, néanmoins ses œuvres et déplacements professionnels ont été étudiés maintes fois. Né à Venise en 1699, Giuseppe Nogari nous a laissé les traces d’un peintre passionné qui ne s’est consacré qu’à son talent.
Dès la fin de sa formation, il reçoit la protection de deux mécènes allemands qui sauront lui assurer un revenu stable tout au long de sa carrière. Les deux hommes permettent à notre artiste de s’illustrer sur tous les supports, tous les formats et dans tous les genres : Sigismud Streit d’une part, riche commerçant et financier, propriétaire d’une importante collection parmi laquelle on compte des Canaletto, commande à Nogari des toiles moyennes, des portraits et des natures mortes décoratives. Johann Matthias van der Schulenburg d’autre part, un commandant militaire autrichien qui s’illustre dans l’Histoire sur les territoires Hongrois, Saxe et Vénitiens, lui réclame des scènes de genres plus légères, comme on en a l’habitude dans les pays du nord. Cependant, on dit de Nogari qu’il peint comme un Flamand : plus inspiré par les maîtres du Siècle d’Or Hollandais que par la Renaissance vénitienne ou le Caravagisme, il tire ses principales sources des gravures de Rembrandt. On retrouvera donc les postures fuyantes, les compositions et les effets de lumière contrastés propres au Maître du nord dans tout l’œuvre de Nogari.
A cela s’ajoute les décors de style Rococo qu’il réalise à Turin, tantôt au Palazzo Reale, tantôt au palais Stupinigi. Alors que Nogari était jusqu’alors célèbre pour ses portraits et formats moyens, ses peintures révèlent ses talents de décorateur et son goût pour les fantaisies
*(2)
De la Vie avant toute chose
Après avoir passé la décennie 1730 à Turin, Nogari rentre en Vénétie et revient à ses premières amours, l’homme. Il reprend la réalisation de nombreux portraits, et pas des moindres comme l’attestent ceux que conservent actuellement les Collections de la Couronne Britannique (Hampton Court) : notre artiste rend hommage à ses plus grands prédécesseurs et constitue une véritable galerie de maîtres dans laquelle il n’oublie ni Titien, ni Bassano, ni Véronèse. Ces tableaux, qui ne sont pas à proprement parler des portraits, sont restés célèbres aujourd’hui pour leur mystère et l’ambiance dramatique unique. En effet, Nogari fonde sa réputation sur son talent à incarner l’âme dans la peinture et à transcrire le drame et les tourments humains dans les pigments : chaque souffle, chaque sentiment, chaque trait de caractère est traduit par un mouvement de pinceau.
Dans le même temps, Nogari est sollicité pour la décoration des églises du Veneto, attestant ainsi l’étendue de son génie artistique ; c’est la consécration pour le Vénitien qui laisse désormais une œuvre historique au patrimoine de sa région natale. Les scènes du Christ remettant les clefs à St Pierre de la cathédrale de Bassano et du Miracle de Joseph de Copertino, décorant la très célèbre église de Santa Maria dei Frari de Venise sont les deux interventions restées les plus célèbres en raison de leur qualité d’exécution et de composition.
Jusqu’à la mort de Nogari, que l’on date de 1766, Sigismud Streit continua de recevoir des œuvres de son protégé Vénitien dont la renommée croissante n’affecta jamais l’affection qu’il portait à son premier mécène.
Ses portraits singuliers, parfois tout droit sortis de son imagination, forment des entités fugaces et mystérieuses, au sein desquelles on peut lire toute l’histoire d’un homme et parfois toute l’histoire de l’Homme. Grâce au dynamisme qui caractérisait le marché de l’art allemand, ces pantins de peinture dotés d’une âme voyagèrent à travers l’Europe encore longtemps après la mort de leur Créateur.
Pauline Balayer (étudiante à l’Ecole du Louvre).
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