Art and you Boch, ce n’est pas que de l’électroménager

07/15/2010

Boch, ce n’est pas que de l’électroménager

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Même si cela se prononce pareil, les coupes Boch ne servent ni à faire le ménage, ni la cuisine. Dignes représentants de la jeunesse du design, ces vases ont souvent élu domicile sur nos cheminées mais nous ne connaissons rien des secrets de leur fabrication ni de leur passé : Kéramis, Louvière, Boch, Catteau, que signifient ces signatures ? Découverte d’une faïencerie particulière.

 

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L’histoire de l’art prend un accent flamand :

 

Tout commence en 1840, lorsque la Belgique et la Hollande signent un traité de paix accordant l’indépendance du Luxembourg : les Boch, une famille de potiers installée de longue date à Septfontaines (Luxembourg), déménagent alors afin d’éviter d’être isolés du marché belge. Ils ouvrent une nouvelle poterie non loin de Louvière (Wallonie) qu’ils appellent Kéramis et achètent un an plus tard la poterie avoisinante. En 1844, la société Boch Frères est née. La qualité de la faïence, sa solidité et sa blancheur font la renommée de la manufacture dès les premières productions. Ayant atteint une perfection aussi bien technique qu’artistique, la société est invitée à participer à l’Exposition universelle de Paris de 1855. Cet évènement ouvre une grande période pour la société Boch Frères.

La seconde partie du siècle est particulièrement faste et Victor, frère et successeur du fondateur Eugène Boch, ose le renouvellement des styles et des matières : les très célèbres décorateurs de Delft et de Maastricht sont appelés à introduire de nouveaux motifs et on fabrique désormais des grès à la manière de Bernard Palissy. Les Hollandais signent orgueilleusement leurs pièces d’un B sophistiqué peint à la main ainsi que de l’appellation « La Chambre des  peintres Hollandais » donnant ainsi un statut nouveau aux décors de Louvière. Dès lors, ces pièces de céramique deviennent de véritables œuvres picturales qui ne sont plus seulement réputées pour leur aspect immaculé mais pour les décors peints.  Anna, la fille de Victor Boch, va plus loin en faisant appel à des artistes dynamiques tels que le pointilliste Theo van Rysselberghe, le néo-impressionniste Alfred-Willy Finch ou le sculpteur art nouveau Charles van der Stappen.

 

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Boch et Kéramis, les racines du design

 

A ses débuts, Boch frères est avant tout une manufacture et il fallut attendre de nombreuses collaborations  pour que l’entreprise se fasse un nom auprès des artistes. En 1847, Kéramis gagne une médaille d’or à l’Exposition des produits de l’industrie belge, si bien qu’en 1855, l’industrie est invitée à l’Exposition universelle de Paris pour dévoiler la richesse de son capital de machines à vapeur. Or, tout cela ne joue pas en faveur de la valeur artistique de la production Boch et Kéramis, d’autant plus que les accessoires de décoration ne comptent pas encore comme des œuvres à part entière mais comme des objets d’artisanat.

Cependant, les mentalités changent et l’on reconnaît peu à peu la décoration comme un art. Eugène Boch contribua fortement à cette mutation, notamment grâce à son voyage en  1880 dans la ville Lumière, ce centre de développement de la culture majeur en cette période. Ce fut l’occasion de rencontrer Vincent Van Gogh, Toulouse Lautrec ou Emile Bernard, des artistes et des intellectuels qui l’influencent réellement dans les axes à donner aux deux manufactures. Anna Boch est elle-même artiste, ce qui justifie qu’elle ne freine pas ce développement. Intellectuelle engagée qui côtoie régulièrement James Ensor et Paul Gauguin, elle s’efforce de créer des liens cohérents et réciproques  entre les beaux-arts et les arts appliqués. Le succès de l’Exposition de 1925 lui donne des ailes et l’incite à adapter les styles selon les mouvances : japonisme, africanisme et avant-gardisme se succèdent désormais sur les surfaces des faïences Boch Frères.

On retiendra par la suite le nom essentiel de Charles Catteau, jeune artiste de Douaiengagé comme concepteur et peintre de décors pour  Boch Frères en 1906. Il sera nommé un an plus tard responsable du département Décoration et Atelier de Fantaisie. Raymond-Henri Chevallier lui succède en 1937, donnant une touche extravagante aux céramiques de la Louvière : il préfère les décors animaliers et floraux très colorés aux motifs simples et géométriques de 1925. Le dernier nom à connaître est celui d’Ernest d’Hossche, un artiste et enseignant d’origine ouvrière convaincu par les orientations de la Louvière qu’il rejoint en 1950. Il marque un nouveau retour aux formes sobres et géométriques en y alliant gravure et reliefs.

Un siècle après leur création, Boch a su démontrer qu’ils savaient donner une valeur artistique à leur capital technique : adaptation, variété et style constituent la formule magique de Boch Frères et Kéramis à la Louvière.  

 

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Un art technique, une technique artistique

 

Puisque la manufacture a longtemps

été une industrie plus qu’une entreprise d’art, il est indispensable de comprendre les secrets de fabrication d’un vase Boch Frères/Kéramis car ces secrets ont fait toute leur gloire. Toutes les pièces sont issues d’un savoir-faire vieux de trois siècles et d’une série de gestes élaborées en Angleterre au milieu du XVIIIIe par les ancêtres d’Eugène Boch. Pourtant, certains tours de mains ont changé, les compositions des matériaux aussi, permettant d’adapter la céramique Boch Frères et Kéramis à l’usage contemporain. Sachez qu’aujourd’hui les faïences sont traitées pour résister au lave-vaisselle et au micro-onde !

 

Une pâte … à modeler

Tout d’abord, les artisans sélectionnent l’argile avec soin, selon sa quantité de silice et de kaolin, composants nécessaires pour obtenir une pâte blanche et vitreuse. Argile et kaolin constituent 60% de la pâte et lui donnent une texture exceptionnellement blanche, malléable et homogène. La silice, matériau dur et translucide, compte pour 30%. Mais cet or blanc ne doit pas être entaché par la pollution ambiante et c’est pour cette raison que depuis 1992 la pâte est assemblée en dehors de l’usine ! Cette terre particulière est façonnée en grandes galettes que de gigantesques machines malaxent. Ces cercles peuvent aussi être délayés dans des bassins à barbotine pour que la pâte soit plus homogène, mais quoiqu’il en soit, elle ressort sous forme de boudins propre à être malaxés par la main d’un artisan en atelier.

 

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Le travail de Pygmalion

La barbotine (pâte liquide) prend rarement la forme de la pièce par magie : elle doit donc être coulée dans des moules en résine ou en plâtre. Cette matière poreuse absorbe l’excédent d’eau, évacué lors du démoulage : on obtient alors une épreuve originale dont on doit effacer les bavures et les coulures à l’éponge.

Pour la délicate fabrication des assiettes, il faut procéder à une curieuse construction : le moule de plâtre est recouvert d’une galette de pâte et l’ensemble tourne autour d’un axe vertical pendant qu’une plaque de métal ôte la matière supplémentaire. Comme toute étape de fabrication d’une oeuvre Boch, le calibrage est moderne et mécanique.

 

Une œuvre picturale

Le décor d’un vase se fait toujours sous émail, matière qui forme une couche résistante et protectrice.

La peinture à la main est la gloire de la société, depuis l’arrivée des peintres hollandais à la fin du XIXe. Les pigments sont fortement délayés à l’eau mais surtout mélangés à de la glycérine, composant qui assure l’adhérence du décor sur le biscuit.

Mais le XXe a parfois boudé la tradition pour se tourner vers l’innovation et l’adaptation de ses modèles aux altérations du monde moderne. Par exemple, les décorateurs de Boch Frères ont parfois recours à la décalcomanie, un décor pré-imprimé sur papier, recouvert d’une couche de vernis. Un trempage permet le transfert du motif sur le biscuit. Ce système permet une plus grande finesse des couleurs et à moindre coût.

Boch a également remployé des techniques de l’art contemporain comme la sérigraphie ou l’aérographie (peinture appliquée au pistolet à air comprimé).

 

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L’émaillage rend les décors insubmersibles

L’émail est un vernis qui permet la vitrification de la surface lors de la seconde cuisson. Cette couche est colorée avant cuisson pour faciliter son dépôt mais ces pigments particuliers disparaissent après cuisson pour que la surface de la pièce reste translucide et brillante. On l’appliquait jadis à l’aide d’un pinceau ou par trempage mais le pistolet à air comprimé, technique la plus employée au XXIe, a fait ses preuves.

 

Et la pièce fut …

Grâce aux deux cuissons particulières que subissent les pièces, l’argile s’agglomère, la pâte acquiert sa solidité et la vitrification s’opère : la pièce est enfin imperméable et homogène et le décor fixé. On distingue la cuisson « biscuit » (à 1240°) de la cuisson « émail » (1140°), l’une nécessaire au durcissement de la pièce, l’autre à la résistance du décor. Malgré l’amélioration des procédés techniques, aujourd’hui encore la cuisson reste une étape essentielle d’une durée de 26 heures (la faïence subit 13 heures de cuisson dans chaque four).

Seul le savoir-faire Boch Frères et Kéramis permet d'immortaliser des oeuvres picturales sur des pièces quotidiennes.

 

Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)

    

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