Art and you "LE JAPONISME EST EN TRAIN DE REVOLUTIONNER L'OPTIQUE DES PEUPLES OCCIDENTAUX" (EDMOND DE GONCOURT, 1884)

08/04/2010

"LE JAPONISME EST EN TRAIN DE REVOLUTIONNER L'OPTIQUE DES PEUPLES OCCIDENTAUX" (EDMOND DE GONCOURT, 1884)

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*(1) La Grèce ancienne, puis le Moyen-Orient et l'Inde, la Chine, le Japon et enfin l'Afrique ont été tour à tour des lieux d'exploration, d'enquête et d'expérience pour des artistes européens toujours désireux de découvrir de nouveaux territoires de création. Terme créé en 1872 par le français Philippe Burty, le japonisme désigne justement cette fascination, cette influence de l'art chinois et japonais sur les artistes français, puis occidentaux. A partir de cette Asie rêvée, forgée par l'imaginaire occidental, s'instaure une source d'inspiration inédite pour les arts ; les peintres impressionnistes vont par exemple y trouver des voies d'exploration bouleversant l'ordre académique établi. L'aboutissement d'un engouement lointain Le goût des Européens pour l'art extrême-oriental s'était développé à partir du baroque tardif. On appréciait déjà ses qualités plastiques surtout du point de vue des traditions artisanales. En effet, au XVI° siècle, en Europe les objets d'art extrême-orientaux en jade ou en pierres semi-précieuses étaient recherchés dans les cabinets d'art. A la fin du XVII°, et du XVIII° siècle, on reproduisait des laques avec un grand déploiement de techniques. Les porcelaines et les céramiques attisaient la passion des riches collectionneurs en Angleterre et en Hollande. Les puissants de l'époque disposaient par ailleurs de somptueux "cabinets de porcelaines". Un des faits capitaux quant à l'étude du japonisme fut sans aucun doute l'ouverture à l'Occident de ports japonais par le commodore américain Perry, le 31 mars 1854. Un an plus tard, le Japon concluait des traités de commerce avec la Russie, la Grande-Bretagne, les États-Unis et la France, et en 1856 avec les Pays-Bas. Les échanges économiques et la rencontre dans le domaine culturel pouvaient alors commencer. *(2) A l'origine du japonisme : collections et Expositions Le japonisme commence avec les collectionneurs d' art japonais , qui exposent les oeuvres qu'ils possèdent. Les premiers exemplaires d'estampes en Europe sont montrés à Paris. En 1856, Félix Bracquemond devient le premier artiste européen à copier des oeuvres japonaises, choisissant une oeuvre de Hokusai. Dès lors, l'art japonais puis chinois commencent à être appréciés à grande échelle. Des collectionneurs, et des critiques artistiques entreprennent alors des voyages vers l'Asie dans les années 1870 et 1880 et contribuent à la diffusion des oeuvres japonaises en Europe, et plus particulièrement en France, tant et si bien que l'Exposition Universelle de Paris en 1878 présente un bon nombre d'oeuvres japonaises des collections Bing, Burty et Guimet notamment. Le roman de Pierre Loti Madame Chrysanthème publié en 1887, ne fait qu'accentuer et populariser cette mode du japonisme . Aux expositions universelles parisiennes de 1889 et de 1900, le Japon et la Chine sont toujours très présents, à la fois par l'architecture, les estampes et par la production céramique. Des oeuvres chinoises et japonaises entrent dans les collections du musée du Louvre en 1892. Enfin, pour l'exposition universelle de 1900, Hayashi Tadamasa réussit le fabuleux pari de faire venir de très grandes oeuvres du Japon, l'Empereur Meiji proposa même quelques pièces de sa collection personnelle. Echanges de bons procédés Les principaux artistes japonais qui influencèrent les artistes européens étaient Hokusai, Hiroshige et Utamaro. Des artistes très peu reconnus au Japon car produisant un art considéré comme léger et populaire par les élites japonaises de l'époque. Le japonisme a donc sauvé des oeuvres qui allaient disparaître et permis de développer une voie nouvelle de l'art japonais. En retour, l'arrivée des Occidentaux au Japon provoqua de nombreuses réactions chez les artistes japonais. Par exemple dans le domaine de la
peinture, deux grandes écoles se formèrent : celle dite du Nihon-ga (voie japonaise) qui eut tendance à perpétuer le canon de la peinture japonaise, et celle dite du Yo-ga (voie occidentale), qui développa les techniques et les motifs de la peinture à l'huile. *(3) Le japonisme appliqué à l'art Après 1860, l'Extrême Orient, et en particulier le Japon , devient une source d'inspiration majeure pour les peintres français, qui opèrent une révolution dans leur art. Les artistes européens découvrent en effet, parmi d'autres merveilles, les estampes des peintres de l'ukiyo-e aux expositions de Londres (1862), et de Paris (1867, 1878 et 1889), ainsi que chez des collectionneurs privés comme Samuel Bing, et Félix Bracquemond. Parmi les artistes européens adeptes du japonisme on va recenser Van Gogh, Manet, Degas, Renoir, Pissaro, Klimt, Monet, Gauguin et sous son influence les Nabis (Vuillard, Bonnard,...) qui furent nombreux à faire collection d'estampes japonaises. Le mouvement ne toucha pas seulement la peinture mais aussi les objets d'arts avec les grès émaillés de Carriès, l'orfèvrerie Christofle en métal patiné, sans oublier l'architecture, notamment avec le Bauhaus. Ainsi, le Japon et ses Arts, notamment les estampes, ont, depuis la fin du XIX° siècle et par vagues successives, fascinés, inspirés, influencés plusieurs générations de peintres, de dessinateurs, d'architectes et de décorateurs occidentaux... et même les musiciens ! Debussy composa « Pagodes » dans le très émouvant triptyque au piano  « Estampes » de 1903 . Le japonisme selon Monet Claude Monet (1840-1926) possédait une collection de 250 estampes qui sont aujourd'hui exposées dans sa maison de Giverny. Dans le jardin de cette maison se tient toujours le petit pont de style japonais qu'il a peint aux quatre saisons : son reflet dans l'eau se mêle aux nymphéas dont les couleurs ont fasciné l'artiste. Il a trouvé ces couleurs dans les estampes d'Hiroshige, peintre-voyageur des paysages du Tokkaïdo. Par ailleurs, Monet n'a pas résisté à la tentation de peindre sa femme (La Japonaise, 1876), dans un kimono au rouge vif, un éventail déployé près du visage, à la manière des beautés d'Utamaro. *(4) Le japonisme fut une mode, un engouement même, pour tout ce qui venait du Japon, en imitait le style, la manière, les sujets... Cette mode singulière qui dura près d'un demi-siècle, gagna tous les pays occidentaux depuis l'Angleterre à la France et l'Allemagne, et dont les manifestations furent des plus contrastées. S'il produisit, des oeuvres purement imaginaires et fantasmées consécutivement à l'attrait pour l'exotisme, il est pourtant indéniable qu'il participa aussi, et de très près, à cette véritable révolution du regard que connut l'Europe entre les années 1860 et le début du XX° siècle. Depuis quelques années, le japon est de nouveau à la mode : restaurants de sushis, magasins d'équipements pour la maison et de décoration vendant une esthétique et un Art de Vivre « Zen » fleurissent un peu partout en Occident. Il semble donc que l'on vive une nouvelle vague de « Japonisme », touchant cette fois l'Art de Vivre, et par là même un plus large public. Par Elodie LUTUN (étudiante à l'ICART)
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